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Moules de Zélande : histoire d’un rituel belge | Au Repos des Chasseurs

De l’Escaut oriental à la lisière de la Forêt de Soignes, l’histoire d’un plat national
8 septembre 2026 par
Moules de Zélande : histoire d’un rituel belge | Au Repos des Chasseurs
Olivier Braibant

Moules de Zélande et moules-frites : histoire d’un rituel belge

Il y a des plats qui racontent un pays mieux qu’un manuel d’histoire. En Belgique, celui-là arrive à table dans une casserole noire, couvercle encore fumant, escorté d’un cornet de frites et d’un pot de mayonnaise. On soulève le couvercle, la vapeur monte, et personne ne parle pendant trois secondes. Les moules-frites ne sont pas une recette : c’est un rituel, et il commence à cent kilomètres d’ici, dans les eaux froides de l’Escaut oriental.

Nos quatre préparations

Chef Adrien Schurgers et sa brigade vous proposent quatre préparations traditionnelles, bien de chez nous. Chaque cuisson se fait à la commande, dans sa propre casserole, à feu vif et à couvert : les moules s’ouvrent en quelques minutes dans leur propre eau de mer.

Marinière — la référence. Céleri, oignon, une pointe de beurre, du poivre concassé, rien d’autre. Le jus qui reste au fond est le vrai test d’une cuisine à moules.

Vin blanc — un cran plus vif : le vin déglace la cuisson et donne un bouillon nerveux, parfait pour ceux qui trouvent la marinière trop sage.

Crème à l’ail — la version gourmande. Crème, ail confit et jus de cuisson réduit : une sauce liée dans laquelle la frite plonge sans hésiter.

Crème estragon — notre préférée en automne. L’estragon apporte une note anisée, presque printanière, qui allège la crème et relève la moule sans jamais la couvrir.

Le rituel : utilisez la première coquille vide comme une pince pour saisir les suivantes. Gardez le bouillon pour la fin. Et ne jetez pas les moules restées fermées après cuisson — écartez-les simplement.

La Zélande, potager marin de la mer du Nord

À Yerseke, petit port zélandais posé sur l’Oosterschelde, la moule n’est pas pêchée : elle est cultivée. Le naissain est semé sur des parcelles louées au fond de la mer, les mosselpercelen, où il grossit lentement pendant deux à trois ans au gré des marées. Cette culture de fond, sans corde ni bouchot, donne une moule à la coquille épaisse, à la chair ferme et charnue, marquée par l’eau saumâtre de l’Escaut.

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Avant d’être vendues, les moules passent par les bassins de dessablage : quelques jours dans une eau claire et courante, le temps qu’elles se débarrassent de leur sable. C’est ce détail, invisible dans l’assiette, qui fait toute la différence entre une moule qui croque sous la dent et une moule qu’on mange avec plaisir.

La saison s’ouvre traditionnellement en été et court jusqu’au printemps. L’ancienne règle des « mois en R » — de septembre à avril — n’a plus grand sens depuis que la chaîne du froid existe, mais elle dit une chose encore vraie aujourd’hui : c’est en automne que la moule de Zélande est la plus pleine et la plus savoureuse. Septembre, octobre, novembre : voilà ses trois grands mois.

Comment Bruxelles s’est approprié la moule

Bruxelles n’a pas de mer. Elle a eu mieux : un canal. Creusé au XVIe siècle pour relier la ville au Rupel puis à l’Escaut, le canal de Willebroeck a mis le port d’Anvers — et derrière lui la Zélande — à portée de barque. Le poisson et les coquillages remontaient jusqu’au cœur de la capitale, là où s’est installé le marché aux poissons dont le quai aux Briques et le quartier Sainte-Catherine gardent encore la trace.

La moule y était le coquillage du peuple : bon marché, vendue à la mesure, cuisinée dans les estaminets et les échoppes de rue. Le mariage avec la pomme de terre frite s’impose au XIXe siècle, quand la friture ambulante devient un commerce urbain à part entière. L’origine exacte de la frite reste discutée — la vallée de la Meuse et Paris se la disputent encore —, mais le duo, lui, est incontestablement devenu belge. Il n’est pas né dans une cuisine de chef : il est né dans la rue, puis il est monté à table.

La frite, l’autre moitié du plat

Une bonne moule sauvée par une frite molle, cela n’existe pas. Chez nous, la frite est fraîche et cuite deux fois.

Premier bain, à température modérée : la pomme de terre cuit à cœur sans colorer. On la laisse ensuite refroidir et se raffermir.

Second bain, plus chaud, juste avant d’envoyer : la croûte se forme, dorée et cassante, tandis que l’intérieur reste fondant.

Frites à la graisse de boeuf, Au Repos des Chasseurs, Restaurant Bruxelles, Watermael-Boitsfort


Le tout dans de la graisse de bœuf, comme dans les meilleures friteries du pays. C’est elle qui donne ce goût rond, légèrement noisette, qu’aucune huile végétale ne reproduit. À côté, notre mayonnaise est faite maison, montée à la moutarde : dense, jaune pâle, assez tenue pour qu’une frite y reste plantée debout.

Que boire avec ?

Une blanche fraîche et légèrement acidulée reste l’accord le plus bruxellois avec une marinière. Sur la crème à l’ail, une triple bien sèche tient tête à la sauce. Sur l’estragon, un blanc sec et vif — Chablis, Muscadet, Sancerre — fait merveille. Notre carte des vins et notre carte des bières belges sont là pour affiner l’accord : demandez conseil en salle, c’est le genre de question qu’on adore.

Les moules-frites à Watermael-Boitsfort, depuis 1683

Au Repos des Chasseurs porte bien son nom : c’est ici, à la lisière de la Forêt de Soignes, que les chasseurs faisaient halte au XVIIe siècle. Trois siècles et demi plus tard, la maison a gardé son rôle — celui d’une brasserie où l’on s’arrête après une balade en forêt, un vélo posé contre la terrasse, une famille au complet autour de la table.

C’est un cadre à part dans le sud-est bruxellois : 120 places en terrasse face aux arbres, un parking pulic gratuit devant l’établissement, une cuisine dirigée par le chef Adrien Schurgers, et cinq salons privatisables pour les repas de groupe et les banquets. Pour les moules, l’automne est le bon moment. Et pour la table du dimanche midi après la forêt, difficile de faire plus juste.

Moules Frites, Au Repos des Chasseurs, Restaurant Bruxelles, Watermael-Boitsfort

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Questions fréquemment posées

De Zélande, aux Pays-Bas, principalement des parcelles de l’Escaut oriental (Oosterschelde). Ce sont des moules de culture de fond, dessablées avant expédition, réputées pour leur chair ferme et charnue.

Quatre : marinière, vin blanc, crème à l’ail et crème estragon. Toutes sont servies avec nos frites fraîches double cuisson à la graisse de bœuf et notre mayonnaise maison.

De septembre à avril, avec un pic de qualité en automne — c’est le moment où la moule de Zélande est la plus pleine.

C’est vivement conseillé le week-end et pendant toute la saison des moules ; indispensable à partir de huit couverts.

Oui, un parking public et gratuit se trouve devant l’établissement, avenue Charle-Albert à Watermael-Boitsfort — l’un des rares restaurants du sud-est bruxellois où se garer ne pose aucun problème, même en groupe.

Oui. La brasserie accueille les familles, la terrasse compte 120 places et cinq salons privatisables permettent d’organiser des repas de groupe jusqu’à 350 personnes.


Moules de Zélande : histoire d’un rituel belge | Au Repos des Chasseurs
Olivier Braibant 8 septembre 2026
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